Présentation :

LA PINACOTHÈQUE DE PARIS accueille du 17 Mars au 21 Août 2011 une exposition des œuvres d’HUGO PRATT. À travers cette grande rétrospective, le public pourra découvrir toute l’étendue du talent du créateur de CORTO MALTESE.

Cette exposition présentera plus de 150 aquarelles, pour la plupart peu connues du grand public, ainsi que des planches historiques, notamment la totalité des 164 planches de la mythique “BALLADE DE LA MER SALÉE“.

Depuis la rétrospective du Grand Palais en 1986, c’est la première fois que Paris accueille une exposition consacrée à l’œuvre de cet artiste hors norme, considéré comme l’inventeur de la bande dessinée littéraire.

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La vie d’Hugo Pratt est un véritable roman marqué par une généalogie qui brasse différentes cultures. Son existence et son travail seront influencés par sa culture littéraire (Stevenson, Conrad, Melville, London, Hemingway ou encore Saint-Exupéry, auquel il consacrera un album à la fin de sa vie : LE DERNIER VOL) en même temps que par ses voyages aux quatre coins de la planète.

Né en 1927 à Rimini (Italie), c’est à Venise qu’il passe son enfance. Son grand-père paternel, dessinateur en architecture militaire, est un lyonnais d’origine anglaise. Son grand-père maternel est un juif marrane originaire de Tolède, qui vit à Venise. Sa grand-mère maternelle est une juive dont les parents ont quitté la Turquie pour travailler à Murano, en Italie. Sa mère, Evelina Genero, est passionnée d’ésotérisme; son fils hérite d’elle cet intérêt pour la magie que l’on retrouve dans les aventures de Corto. Avec de si riches ascendants, il était bien normal que le dessinateur fasse de son héros le plus célèbre le fils d’un marin britannique et d’une gitane, élevé dans le “barrio de la Juderia“ à Cordoue. Hugo Pratt, à 14 ans, enrôlé par son père dans la police coloniale italienne en Abyssinie, côtoiera les différentes armées dont les uniformes, armoiries et couleurs resplendiront dans sa série LES SCORPIONS DU DÉSERT.

De retour en Italie en 1943 à la suite de la mort de son père, Hugo Pratt fréquente un collège militaire et, grâce à sa maîtrise de l’anglais, devient interprète de l’armée alliée jusqu’à la fin de la guerre. En avril 1945, il revient à Venise pour assister à l’entrée des libérateurs, sur une voiture blindée canadienne, habillé en Ecossais. « À l’époque, déclare-t-il, Venise était un gigantesque bordel, un carnaval improvisé ! ». Il réussit à se faire engager dans l’armée néo-zélandaise, après s’être tatoué le visage comme un Maori, avec un stylo! Sa légende, déjà, est en train de naître… Hugo Pratt aura donc fait la guerre dans tous les camps, et sous de nombreux uniformes…

Hugo Pratt devient officiellement dessinateur de bande dessinée en 1945, quand paraît le premier numéro de L’AS DE PIQUE, revue de “comics“ créée avec deux amis. Le « Groupe de Venise » est alors contacté par une importante maison d’édition argentine et, en 1949, Hugo Pratt s’installe à Buenos Aires. Sa période argentine, qui couvre toutes les années 50, est très prolifique. Il travaille pour l’éditeur Abril, pour qui il dessine JUNGLEMEN et plusieurs autres séries. La plus marquante voit le jour en 1953 avec le personnage de SGT. KIRK. Il commence à écrire lui-même ses histoires, la première d’entre elles étant ANNE DE LA JUNGLE.

L’année passée à Londres entre 1959 et 1960 est fondamentale dans la carrière de PRATT. Associé à des scénaristes anglais, il réalise des histoires de guerre pour Fleetway Publications, mais surtout il se familiarise avec la technique de l’aquarelle en suivant des cours à la Royal Academy of Watercolour.

Suite à la dégradation de la situation économique en Argentine, Hugo Pratt décide, en 1962, de revenir en Italie, tout en continuant à voyager.

Le travail de Pratt, durant la décennie suivante, met en évidence sa passion pour la littérature. Après WHEELING (1962), son premier chef-d’œuvre, il adapte SINBAD LE MARIN, LE RETOUR D’ULYSSE, SANDOKAN, ainsi que son livre de chevet, L’ILE AU TRÉSOR de Stevenson. Immense lecteur, l’éclectisme d’Hugo Pratt allait des écrivains voyageurs aux récits mythologiques de plusieurs civilisations, de Shakespeare à James Joyce, de Jorge Luis Borges à John Reed ou la Bible en passant par Octavio Paz… Tout en menant une existence de héros de roman, digne de celle de Blaise Cendrars ou de Joseph Kessel, il n’a cessé de démontrer à travers son œuvre qu’il était le plus érudit des dessinateurs de son époque. C’est probablement ce qui a amené Umberto Eco à déclarer: “Quand j’ai envie de me détendre, je lis un essai d’Engels, et, si je souhaite m’engager, en revanche, je lis Corto Maltese“.

La vie sentimentale d’Hugo Pratt a toujours été trépidante. En 1953, il se marie une première fois à Buenos Aires avec une jeune femme d’origine yougoslave dont il aura deux enfants. Il divorce à Mexico en 1957 après avoir rencontré une ravissante allemande qui deviendra sa collaboratrice. Par la suite, il se met en ménage avec sa nouvelle compagne d’origine belge qu’il épouse à Venise en 1963 et avec qui il aura deux autres enfants. Lors d’un voyage au Brésil en 1965, Hugo Pratt apprend l’existence de Tebocua, un autre fils, que lui a donné une Indienne nommée Xavantes. La même année, cet homme à femmes reconnaît d’autres enfants: la petite Victoriana Aureliana Gloriana dos Santos qu’il a eu avec une prêtresse de macumba, ainsi que les enfants illégitimes des quatre sœurs. Voilà comment, à Salvador de Bahia, on peut aujourd’hui rencontrer un Lincoln Pratt, un Wilson Pratt ou un Washington Pratt…

Après un périple aux Caraïbes, Hugo Pratt crée en 1967 LA BALLADE DE LA MER SALÉE, première apparition de Corto Maltese. C’est une véritable révolution dans le neuvième art: jamais l’art du conteur et celui du narrateur n’avait été à ce point unis.

En avril 1970, les millions de lecteurs de Pif Gadget ont droit à la première apparition française de Corto Maltese.

Les années 80 sont celles de la consécration, avec plus de 8 millions d’album vendus. Devenu citoyen d’honneur de la ville de Wheeling en Virginie (USA), il est nommé Chevalier des Arts et des Lettres par Jack Lang.

En 1992, il se rend sur les Iles Samoa pour visiter la tombe de Stevenson.

Après une expédition en Patagonie, il publie TANGO, une histoire très réaliste sur la traite des blanches en Argentine; d’autres aventures de Corto Maltese, LA FABLE DE VENISE ou LES HELVÉTIQUES, témoignent de son goût pour le merveilleux. Entre deux voyages, il illustre des poésies de Kipling, des sonnets érotiques de Baffo, ou les “Lettres d’Afrique“ de Rimbaud. Son voyage sur l’Ile de Pâques lui inspire “Mû“, la dernière aventure de Corto.

En 1983, Hugo Pratt s’installe en Suisse, dans sa maison de Grandvaux sur le lac de Lausanne, où il meurt le 20 août 1995.

Production de l’exposition : Pinacothèque de Paris. Direction : Marc Restellini
Création et réalisation de l’exposition : Cong SA, Lausanne, Galerie Nuages, Milan et Echo International
Commissaires de l’exposition : Patrizia Zanotti et Patrick Amsellem
Organisation de l’exposition : Pinacothèque de Paris et Echo International